18 mars 2008 à 13h40
Jérôme Kerviel, le "trader fou" de la SocGen, est libre

Jérôme Kerviel, le "trader fou" de la SocGen, est libre
M. Kerviel, 31 ans, accusé par sa banque de lui avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros, était détenu à la maison d'arrêt de la Santé à Paris depuis le 8 février. Sa remise en liberté, sur décision de la cour d'appel, va à l'encontre des réquisitions du parquet qui avait requis son maintien en détention. Celui-ci a toutefois décidé de ne pas se pourvoir en cassation.
Jérôme Kerviel restera soumis, selon le parquet, à un contrôle judiciaire "extrêmement strict" qui prévoit l'interdiction de quitter la région parisienne sans autorisation. Il devra également "se présenter une fois par semaine auprès des services de police" et devra "chaque mois justifier de sa résidence" à ces mêmes services. Il lui est aussi interdit de rencontrer les protagonistes du dossier, de "se livrer à une activité d'opérateur de marché et à toute activité relative aux marchés financiers" et de se rendre "dans un lieu de négociation des instruments financiers en général dans une place boursière".
Le trader a été inculpé le 28 janvier pour "faux et usage de faux", "introduction dans un système de données informatiques" et "abus de confiance". "Nous avons été entendus", s'est réjouie l'avocate de Jérôme Kerviel, Elisabeth Meyer, pour qui "les conditions d'un maintien en détention n'étaient pas réunies". Après 37 jours passés en prison, M. Kerviel "va aller se reposer et on va tous le laisser se reposer", a ajouté Maître Meyer. Elle a par ailleurs assuré que le trader continuerait, "comme on l'a dit depuis le premier jour, à répondre aux convocations des juges".
De son côté, l'avocat de la Société Générale, Jean Veil, a salué une "décision très équilibrée" car elle est assortie d'un "contrôle judiciaire très strict qui permettra à la suite de l'instruction de se poursuivre en toute sécurité, en toute sérénité". Selon lui, M. Kerviel est "astreint d'une certaine manière à résidence et il a l'interdiction de rencontrer un certain nombre de témoins et donc de pouvoir exercer la moindre pression sur eux". Aucune caution ne lui a été imposée. "Cela aurait été hypocrite", poursuit l'avocat de la Société Générale. "Il n'a pas d'argent."
Selon une source judiciaire, Jérôme Kerviel a mis en cause lors de ses auditions devant les juges d'autres salariés de la banque, dont des supérieurs hiérarchiques. Ses déclarations ont servi au parquet général à justifier son opposition à sa libération afin d'"empêcher toute pression sur les témoins" et "toute concertation frauduleuse avec ses éventuels complices". Mais à ce stade, aucune complicité dont aurait pu bénéficier M. Kerviel n'a été mise au jour. Le porte-parole du trader inculpé a d'ailleurs affirmé que "Kerviel n'a pas impliqué d'autres employés. Certes d'autres employés étaient au courant de ce qu'il faisait. Mais les gens qui savent et ceux qui sont complices ne sont pas à mettre sur le même pied."
Deux salariés de la banque française ont été successivement placés en garde à vue puis remis en liberté sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux. L'un d'eux a été placé sous le statut de témoin assisté, à mi-chemin entre le simple témoin et le statut d'inculpé.
La Société Générale, confrontée à une perte de près de 8 milliards d'euros au total, imputée aux opérations de Jérôme Kerviel ainsi qu'à la crise des crédits hypothécaires à risque, a procédé en février à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros, souscrite près de deux fois. Ce succès a permis à la banque, dont le cours avait perdu près de 30% depuis le début de l'année, de se remettre à flots face aux appétits de ses concurrentes françaises ou étrangères.
Trends.be, avec Belga
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