09 janvier 2009 à 07h00
Quand les Occidentaux fuient l'eldorado bancaire chinois...

Quand les Occidentaux fuient l'eldorado bancaire chinois...
Bank of China n'a plus la cote auprès des investisseurs. Li Ka-shing, milliardaire hong-kongais surnommé «Superman» pour sa capacité à acheter et vendre au bon moment, vient précisément de céder 2 milliards d'actions Bank of China. Avec, au passage, un bénéfice de quelque 218 millions de dollars, puisqu'il les a revendues pour un prix 75 % plus élevé que le prix d'achat...
Cette opération d'envergure - même s'il reste, à l'homme d'affaires, 3 milliards d'actions «à long terme» - est intervenue mercredi. Quelques heures après que Bank of America se fut séparé de sa part de China Construction Bank, un autre des Big Four de l'Empire du milieu. Et quelques jours à peine après qu'UBS se fut délesté de la totalité de sa participation (1,3 %), avec une plus-value de 350 millions de dollars. La banque suisse était ainsi la première institution occidentale à se retirer d'un eldorado qui semblait éternel.
Royal Bank of Scotland semble le prochain sur la liste des vendeurs. La banque britannique, nationalisée en octobre dernier, confirme «examiner» toutes les options pour ses 4,3 % de Bank of China. Une participation acquise pour 80 millions de livres sterling en décembre 2005, et qui vaut aujourd'hui 2 milliards de livres.
L'objectif est double : réaliser une juteuse plus-value pour regarnir des caisses largement entamées par la crise (plus de 7 milliards de livres de dépréciations en 2008) ; se recentrer sur son marché domestique, afin, aussi, de contenter son nouveau propriétaire, l'Etat.
Les investisseurs étrangers ont injecté plus de 25 milliards de dollars dans les banques chinoises depuis 2005
Le marché chinois découragerait-il désormais les investisseurs ? «Cela a moins à voir avec la qualité et les perspectives des banques chinoises, et plus à voir avec les tentatives désespérées des prêteurs mondiaux d'améliorer leurs bilans, nuance Kenny Tang, executive director de Redford Securities à Hong-Kong, cité par Bloomberg. Il est donc possible que nous observions, à court terme, d'autres ventes d'actions bancaires chinoises par des investisseurs étrangers.»
Il y a de la matière. En effet, les institutions financières non chinoises ont injecté plus de 25 milliards de dollars dans les banques du pays depuis 2005. Et ce, dans le cadre d'un gigantesque accord piloté par les régulateurs chinois. Pour résumer, ceux-ci ouvrait les portes de leur marché bancaire aux étrangers qui, en retour, apprenaient aux banques chinoises comment réaliser de plantureux bénéfices.
Ce système de coopération a sévèrement ralenti ces derniers mois. La crise du crédit est passée par là... Ces décisions de vente sont également un signal très négatif pour Pékin, dont la stratégie était de construire un système bancaire de qualité comparable au reste du monde sur base de l'expertise issue de l'étranger.
Vincent Degrez
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