mercredi 09 avril 2008 à 16h41
Didier Bellens (Belgacom) : «Non, je n'ai pas été augmenté de 37 % !»

Didier Bellens (Belgacom) : «Non, je n'ai pas été augmenté de 37 % !»
A l'issue de l'assemblée générale qui s'est tenue mercredi matin, Didier Bellens, CEO de Belgacom, est revenu sur son salaire de 2007, soit 3,57 millions d'euros au total. Répondant à la polémique qui a suivi, il a précisé que ce montant comprenait un salaire de base (quelque 2,5 millions d'euros) indexé de 2 %, ainsi qu'une partie variable liée notamment à l'exercice ponctuel d'options qui arrivaient à échéance.
«Il s'agit là d'éléments one shot, a-t-il affirmé. Ce n'est donc pas une véritable augmentation !» Le patron de Belgacom a réclamé, à ce sujet, des mesures susceptibles d'«établir une vraie transparence» et de permettre une véritable comparaison entre les salaires des patrons d'entreprise.
La publication de son salaire, faut-il le rappeler, en avait fait sourciller plus d'un. Didier Bellens est-il surpayé pour les réalisations qu'il a opérées au sein de Belgacom ? Même si les avis sont mitigés, quelques points positifs sont à mettre à son actif. Le magazine Trends-Tendances, dans son édition du 27 mars dernier, en faisait l'inventaire tout en recensant les critiques formulées à son encontre.
Le rôle de Didier Bellens pour négocier la sortie d'Ameritech, Tele Danemark et Singapore Telecom, regroupés au sein du holding ADSB, n'a pas été déterminant. C'est l'Etat, aidé de ses conseillers, qui l'a négociée. Tout comme le transfert du fonds de pension de Belgacom.
En revanche, son rôle a été davantage décisif pour convaincre les marchés financiers et les investisseurs potentiels dans les road shows lors de l'entrée en Bourse de Belgacom. «Le scénario n'était pas très sexy à vendre, confie un interlocuteur. L'Etat voulait rester majoritaire, les actionnaires privés désiraient se retirer, les perspectives de croissance étaient limitées sur le marché belge et la société comptait un nombre très important d'employés statutaires. Avec tous ces ingrédients, il a réussi à se montrer convaincant.» Certes, le processus ne s'est pas déroulé sans conflits et discussions mais la réussite fut au rendez-vous.
«Belgacom se porte très bien, se félicite Didier Bellens. La société n'a pas vu ses positions trop s'effriter et nous allons même, dans les années à venir, augmenter nos parts de marché, notamment via des offres originales. Une situation qui confère également des garanties pour l'emploi, ce qui n'est pas négligeable.»
Pour assurer une diversification des produits offerts, le patron de l'opérateur a d'abord investi dans des réseaux à large bande. «A présent, Belgacom fait partie des leaders mondiaux dans ce domaine, note fièrement l'intéressé. 61 % de la population bénéficie du broadband.» Cette capacité technique lui a permis d'investir dans la télévision, via Belgacom TV. Une diversification qui ne s'avérait pas évidente. Didier Bellens est allé chercher un homme des médias - son ami Jean-Charles De Keyser - pour diriger la société qui compte quelque 305.000 abonnés et devrait être bénéficiaire en 2009.
Troisième étape de sa stratégie : la reprise, en 2006, de la participation de 25 % que Vodafone détenait dans Proximus pour 2 milliards d'euros. «Je crois à la convergence entre le fixe, le mobile et le média, argumente le CEO. Détenir 100 % de notre filiale mobile nous a permis d'imaginer des produits jumelés.»
L'homme a également renforcé la convergence entre les produits ICT et télécom en rachetant Telindus. De nouveaux produits ont été offerts à la clientèle des entreprises, entre autres. Certes, le rachat fut des plus animés et a attisé de nombreux conflits, notamment entre le CEO et le conseil d'administration de Belgacom. Ce dernier s'est estimé mal informé quant aux termes du rachat de la société flamande et s'est montré très critique quant au processus. In fine, cependant, l'affaire s'est conclue. «KPN, aux Pays-Bas, a suivi l'exemple de Belgacom en renforçant sa convergence ICT-télécom», souligne Siddy Jobe, analyste à la Banque Degroof.
Enfin, il a renforcé la cohérence du groupe en intégrant les filiales Proximus, Telindus et Skynet. Un processus qui lui a valu quelques inimitiés puisque des fonctions se sont avérées redondantes. Les négociations avec les syndicats ne sont d'ailleurs pas encore closes.
Ses relations avec les représentants des travailleurs furent, au départ, assez «froides». «Il connaissait mal la société mais il a vite appris», défend Michel Neufcœur (CSC). A présent, lorsqu'il participe aux réunions avec les syndicats tous les deux mois, le courant passe.
Il n'en fut cependant pas de même lorsqu'il fut question de la hausse de son salaire. «Comment aurait-il pu en être autrement lorsque la direction vous avait annoncé, lors des négociations de la convention collective, que l'enveloppe était vide et que les temps étaient difficiles...», martèle un syndicaliste.
De manière plus générale, Didier Bellens a poursuivi une gestion sociale plutôt consensuelle. Belgacom a ainsi annoncé la perte de 1.500 postes d'ici cinq ans, par départs naturels ou volontaires, alors que KPN, aux Pays-Bas, a opté pour une cure d'amaigrissement drastique : 8.000 équivalent temps pleins d'ici 2009.
«A l'échelon européen, Belgacom arrive en peloton de tête, il affiche un bon ratio dividende/cours de Bourse», pointe Siddy Jobe. Sa politique de rachat d'actions a également permis à l'Etat de se délester des quelques pour cent superflus pour rester à hauteur de 50 % et une action et ainsi alimenter les finances de l'Etat.
«Je n'ai jamais rencontré un patron aussi arrogant», tempête un membre du conseil d'administration. La méfiance - c'est un euphémisme - est de rigueur entre les deux parties. Les conflits ont débuté à cause de son package financier. Sous la pression du sérail politique et de son conseil, l'homme a dû rétrocéder des options pour 1 million d'euros. L'opération a laissé des traces des deux côtés de la table.
Les relations se sont également envenimées avec la reprise chaotique de Telindus et d'autres projets d'acquisitions poussés par le conseil et freinés par Didier Bellens. Plusieurs membres du CA estiment également ne pas avoir disposé des bonnes informations sur le dossier Win, qui oppose la Région wallonne et l'opérateur télécom (lire l'encadré) ou lors des discussions avec KPN, où le gouvernement a été informé des résultats bien avant le conseil. Plus récemment, l'inconsistance dans l'évaluation de certains de ses collaborateurs a énervé le CA, surtout lorsque Didier Bellens a émis la volonté de se séparer de plusieurs d'entre eux. Une demande édulcorée par les administrateurs...
Bref, nul ne reniera l'ambiance glaciale. Des critiques sévères émises par le CEO lors d'une réunion importante de cadres sont aussi revenues aux oreilles du conseil. Tout comme des propos peu amènes qu'il aurait tenus auprès de candidats pour des fonctions importantes au sein de Belgacom. «S'il y avait un conflit avec mon conseil, je serais remercié», se défend Didier Bellens. C'est oublier un peu vite que ce conseil n'a pas voix au chapitre et que le versement de son golden parachute est difficilement acceptable en termes politiques.
De nombreuses critiques visent son manque d'ambition pour opérer des acquisitions à l'étranger. Comme le résume un interlocuteur, «c'est un excellent CFO, pas un bon CEO». A plusieurs reprises, Didier Bellens a annoncé qu'il regardait certains dossiers d'acquisitions internationales mais avec des critères très clairs de rentabilité. Rien ne s'est concrétisé. Peut-on lui reprocher, comme le font certains, de ne regarder que les chiffres et de manquer de vision et d'audace ? «Il est vrai que je ne vais pas surpayer une acquisition, rétorque-t-il. Mes critères de rentabilité sont clairs.»
«Il n'est pas facile, pour un acteur de la taille de Belgacom, de mener une stratégie internationale et de jouer un rôle dans la consolidation comme le fait Vodafone, Telefónica, Deutsche Telekom et France Télécom, plaide Bart Jooris, analyste chez Fortis. Les synergies limitées qui peuvent être mises en place jouent un rôle dans le prix offert. Et le rend, dès lors, moins compétitif.» Cet argument ne convainc pas tout le monde : «Belgacom est un petit acteur mais il a des atouts, financiers comme dans sa politique de diversification, qu'il ne met pas en valeur, pointe un proche du groupe. Dans les négociations avec des partenaires potentiels, Didier Bellens brûle ses cartes, et la perception des ambitions stratégiques du groupe est très floue, rendant Belgacom peu attractif comme partenaire.»
Selon plusieurs échos, l'homme aurait affirmé étudier certains dossiers, poussé dans le dos par son actionnaire étatique, mais dans les faits «aurait saboté toutes les initiatives». Ce qui a engendré nombre de frictions, notamment dans les cercles politiques. «Objectivement, peu d'acteurs sont disponibles pour notre taille, et les prix ont explosé, rétorque Didier Bellens. Dans le cadre de la crise actuelle, je ne peux que me féliciter de la santé financière du groupe. Et surtout qu'elle ne soit pas mise en danger par une dette trop importante.»
Cependant, «dans les années à venir, la consolidation des acteurs se renforcera, estime-t-on dans les cercles politiques. La taille sera un facteur déterminant. C'est à ce moment-là qu'on se mordra les doigts de ne pas s'être montré plus ambitieux.» Les atouts de Didier Bellens - et sa bonne gestion financière - auront alors montré leurs limites... Sensible à la critique, l'homme vient de mettre en place une cellule «fusions et acquisitions» directement dépendante de lui. Reste à voir les résultats.
Trends.be, avec Nathalie van Ypersele
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