29 mai 2008 à 13h44
La mort lente des journaux fait au moins un heureux

La mort lente des journaux fait au moins un heureux
Le magnat de la presse Rupert Murdoch prédit un avenir très sombre aux journaux imprimés aux Etats-Unis, de plus en plus concurrencés par l'internet et les gratuits. Il juge néanmoins que cela constituait une «formidable opportunité pour le Wall Street Journal».
«Tous vont avoir des problèmes : dans les cinq ou dix ans, cela ne sera plus économiquement viable de les imprimer», a-t-il déclaré lors de la conférence All Things Digital organisée par le WSJ à Carlsbad.
«Ces six derniers mois, les recettes publicitaires moyennes des journaux aux Etats-Unis ont baissé de 10 % à 30 %. Au cours des cinq ou dix dernières années, ils ont fait toutes les économies possibles dans la production, avec les ordinateurs, mais pas dans le journalisme. Ils devront désormais économiser sur le journalisme et se détérioreront terriblement.»
Rupert Murdoch, via son empire de presse News Corp, possède plus de 170 titres dans le monde. «Certains pourraient disparaître. Ils seront concurrencés par les journaux locaux, ainsi que par les gratuits, qui jusqu'à présent ne sont pas rentables ou à peine mais peuvent bouleverser le modèle économique des journaux. Tout cela crée néanmoins une énorme opportunité pour le Wall Street Journal !» Le milliardaire australien veut atteindre «les 10 % les plus éduqués du pays».
Côté WSJ, «l'imprimé est encore là pour 20 ans», a-t-il estimé. Entre-temps, «le site Internet du journal deviendra de plus en plus important - et rentable». Rupert Murdoch compte nettement élargir la partie gratuite du site du WSJ, qui représente actuellement bien moins de 20 % du site, avec des informations de base.
D'un autre côté, il déclare disposer d'une large marge de manœuvre pour accroître le prix de la partie payante, «avec des analyses et des détails pour lesquels les gens paieront. Les abonnements moyens du WSJ sont de 125 dollars par an, ceux du New York Times de 500 dollars. Il y a donc une grande marge pour faire payer mes lecteurs.»
Rupert Murdoch s'est fixé pour objectif 50 millions de visiteurs uniques par mois pour le site et développer fortement la publicité et à nouveau souligné vouloir développer les nouvelles généralistes, pour concurrencer le New York Times comme principal journal national aux Etats-Unis.
Il a enfin évoqué des améliorations qu'il voulait faire au WSJ, en déclarant que, «par exemple, chaque article est écrit ou relu par 8,3 personnes en moyenne, ce qui est ridicule». Il a aussi souhaité, sur un ton mi-sérieux, des articles «moitié plus courts».
Thomas Glocer, CEO du groupe Thomson-Reuters, estime quant à lui que les temps étaient extrêmement difficiles pour les journaux mais qu'ils bénéficiaient aux agences de presse : «C'est une période effrayante pour les journaux mais, tant que le malade ne meurt pas, c'est fantastique pour les agences de presse, car les journaux réduisent leurs effectifs et leurs bureaux à l'étranger et deviennent encore plus dépendants des agences !», a-t-il déclaré lors de la conférence All Things Digital.
«Et dans cette terrible crise économique, les journaux doivent en plus maintenir leurs sites Internet 24 heures sur 24. Ils ont besoin de vidéos et de photos, toutes choses que nous avons. Notre métier d'agence de presse croît de 5 % à 10 % par an depuis quelques années.»
Thomas Glocer a également souligné que son groupe monnayait son contenu en «le produisant une fois et en le revendant à de multiples clients», précisant que l'information généraliste - marginale pour le groupe par rapport à l'information financière - représentait environ 3 % de son chiffre d'affaires, soit environ 200 millions de dollars, avec une marge de 20 %.
Le patron de Thomson-Reuters a enfin annoncé que son groupe allait lancer «des fils d'informations spécialisés, par exemple pour les avocats ou les scientifiques». Quant à l'information financière, il a jugé que l'actuelle crise économique ne pesait pas sur son groupe, issu de la récente fusion entre le canadien Thomson Financial et le britannique Reuters.
Trends.be, avec Belga
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