jeudi 16 octobre 2008 à 09h56
Les grands perdants (et quelques gagnants) de la crise financière

Les grands perdants (et quelques gagnants) de la crise financière
Banquiers. Nombre de banquiers ont été évincés, comme Richard Fuld, figure de l'establishment américain et ex-patron de Lehman Brothers. Le patron de la banque d'affaires est aujourd'hui dans le collimateur du Congrès, qui lui reproche d'avoir empoché quelque 500 millions de dollars de «salaire» durant son mandat et versé d'énormes primes à ses collaborateurs alors que son établissement était au bord de la faillite.
Traders. Les traders et, au-delà, l'industrie financière, font eux aussi grise mine. Ils vont devoir revoir leur train de vie. A titre d'exemple, l'enveloppe des bonus distribués à la City l'an prochain, au titre de 2008, sera en baisse de 67 %. Ces golden boys ne se partageront «que» 3,6 milliards de livres sterling, contre 8,5 milliards en 2008 (au titre de 2007) et 8,8 milliards en 2007. Les effectifs seront également réduits de l'ordre de 17 %. Cela n'ira pas sans conséquences sur d'autres secteurs. Ainsi, rapporte le quotidien Les Echos, l'institut CEBR a constaté que «les immatriculations de Porsche et d'Aston Martin ont reculé respectivement de 27 % et de 25 % sur un an».
Immobilier. Les agents immobiliers britanniques ont vendu à peine un logement par semaine sur les trois mois achevés fin septembre, selon l'enquête mensuelle de l'association des experts immobiliers. La proportion de professionnels rapportant une baisse des prix le mois dernier a également augmenté de plus de 84 %. En France, le réseau Orpi, leader avec quelque 1.400 points de vente, a annoncé récemment la fermeture de 50 agences cette année, faute de clients.
Agences de notation. Les Standard & Poor's, Moody's et autres Fitch ont sans aucun doute mangé leur pain blanc. Partout, les autorités financières leur reprochent leur rôle dans l'aggravation de la crise. Dès le mois de juillet, les ministres des Finances de l'Union européenne se sont mis d'accord pour mieux les encadrer. Le 12 novembre, la Commission présentera un projet de directive qui devrait les contraindre à s'enregistrer auprès d'un organisme communautaire. Elles feront également l'objet d'un processus de surveillance.
Islande. L'Islande est au bord de la faillite. Jadis un des Etats les plus riches de l'OCDE, la petite île de l'Atlantique Nord (313.000 habitants) est aujourd'hui quasiment exsangue et fait figure d'enfant malade de l'Europe. Les trois plus grandes banques du pays, à court de capitaux, ont toutes été nationalisées. A présent, le gouvernement se démène sur tous les fronts, de Moscou au Fonds monétaire international, pour trouver des liquidités.
Certains hedge funds. En quête désespérée de capitaux, nombre de hedge funds sont en grande difficulté. En temps normal, ces fonds spéculatifs ont recours, pour investir, à l'endettement. Les banques refusent désormais de leur prêter. Du coup, quelque 700 fonds (sur environ 10.000, tout de même) devraient fermer cette année, soit presque un quart de plus qu'en 2007, selon la société Hedge Fund Research.
Vendeurs de lingots et de pièces d'or. De nombreux épargnants, inquiets pour leurs placements en Bourse ou leurs dépôts dans les banques, investissent dans quelques grammes d'or dont les prix grimpent de jour en jour. Le franc Napoléon, galette dorée de 6,45 grammes, est le véritable étalon du marché. Il s'échangeait autour de 100 euros voici seulement trois mois ? Il a dépassé récemment les 150 euros.
Prêteurs sur gages. Selon Le Parisien, le Crédit municipal de Paris a enregistré une augmentation des prêts sur gages de plus de 20 %. A cause du resserrement du crédit, beaucoup de ménages ne peuvent plus emprunter et viennent gager leurs objets de valeurs.
Banques (du moins, celles qui survivent). Les banques qui résistent à la crise peuvent racheter leurs concurrentes mal en point et en ressortir renforcées. Après son rachat de Fortis et la récupération de quelque 1.500 agences supplémentaires dans six pays, BNP Paribas deviendra la première banque européenne par le montant des dépôts (600 milliards d'euros), devant le néerlandais ING et l'allemand Deutsche Bank. La fusion Caisse d'Epargne/Banque Populaire fera du futur groupe la deuxième banque française.
Chaînes d'information. Depuis la faillite de Lehman Brothers le lundi 15 septembre, les chaînes d'info américaines battent des records d'audiences. CNBC, chaîne d'information économique en continu, a enregistré sa meilleure audience depuis le 11 septembre, avec 488.000 téléspectateurs entre 5 h et 7 h du matin. Les audiences de Fox News ont fait un bond de 35 %, celle de CNN de 27 %, celle de MSNBC de 31 %. En Belgique, Canal Z/Kanaal Z a également connu un bond de son audience : la seule partie néerlandophone a ainsi «capté» 471.060 téléspectateurs pour son journal, le 26 septembre dernier, surfant sur le «dossier Fortis».
Presse économique. Les journaux économiques et les sites spécialisés voient s'envoler leurs ventes et consultations en France. En septembre, les ventes du quotidien Les Echos ont ainsi augmenté de 21,5 % par rapport à l'année précédente. Le site d'information financière Boursorama.com connaît lui aussi une augmentation de fréquentation : le mardi 7 octobre, il a reçu 1,05 million de visiteurs uniques, contre 700.000 habituellement. Même tendance pour les hebdomadaires, puisque le directeur de la rédaction de La Vie financière, Jean-Denis Errard, estime entre 15 % et 20 % l'augmentation des ventes au numéro, qui ont atteint 5.000 exemplaires.
Editeurs. Les gens se tournent vers les livres sur la finance pour trouver des conseils ou des explications. L'ouvrage de Kevin Philipps, Bad money : Reckless Finance, Failed Politics, and the Global Crisis of American Capitalism, fait ainsi un carton.
Certains hedge funds. Les hedge funds qui ont parié avant tout le monde sur l'effondrement du marché immobilier affichent des performances record, selon un article du Journal du Net. Un fonds commun de Hayman Capital et Corriente Advisors a ainsi enregistré une performance de 526,5 % en un mois. Paulson & Co présente un retour sur investissement de 437 % sur les neuf premiers mois de l'année. Ils avaient vendu des titres dérivatifs à découvert, pour les racheter ensuite à moindre prix lorsque le marché a chuté.
Marchands de coffres forts. Les magasins de [coffres-forts] parisiens ont constaté une hausse significative des ventes aux particuliers ces dernières semaines, un phénomène attribué à l'inquiétude liée aux incertitudes sur la santé des banques.
Barack Obama. Le candidat démocrate à la Maison-Blanche est repassé en tête des sondages à la faveur d'une crise financière dont il accuse clairement le camp républicain d'être responsable.
Trends.be, avec [L'Express.fr]
Réagir
Attention: Il n'est pas possible de réagir de manière anonyme. Votre nom d'utilisateur apparaîtra au-dessus de votre réaction.
Pour pouvoir placer une réaction, vous devez être enregistré :

Even geduld a.u.b.

