07 août 2008 à 09h46
Sony Music renaît de ses cendres... comme l'alliance Warner/EMI ?

Sony Music renaît de ses cendres... comme l'alliance Warner/EMI ?
Sony s'offre le contrôle du n° 2 mondial des majors du disque en rachetant la moitié de Sony BMG appartenant à Bertelsmann. Montant de la transaction : 900 millions de dollars. Sony BMG rachètera une partie de cette moitié pour 600 millions de dollars, Sony Corp. of America le solde pour un montant identique. Le coût net, pour le géant nippon, n'est pourtant que de 600 millions, car la future ex-joint-venture n'était pas consolidée dans ses comptes.
En outre, Bertelsmann recevra la moitié des liquidités disponibles de Sony BMG, soit 300 millions de dollars. Ainsi que certains actifs du catalogue européen, notamment les œuvres de plus de 200 artistes. Leur valeur atteint une modeste vingtaine de millions de dollars.
Ceci dit, des «sources proches» du groupe allemand, la «valeur effective» flirterait avec 1,4 milliard de dollars, en tenant compte d'une réduction d'impôt aux Etats-Unis et et d'un contrat de pressage de CD d'une durée de six ans.
Bertelsmann tourne le dos à l'activité qui a fait de lui la plus grosse entreprise européenne des médias après la Seconde Guerre mondiale. Hartmut Ostrowski, son président et CEO depuis janvier, clôturerait ainsi, selon «une personne familière de Bertelsmann» citée par le Financial Times, son plan d'élagage de portefeuille initié à son entrée en fonction.
Bertelsmann veut se présenter comme une entreprise de media-services, centrée sur la télévision, l'Internet et les services. C'est pourquoi il cèdera également ses clubs de livres, CD et DVD aux revenus en chute libre. Cela explique aussi pourquoi il vend sa part dans Sony BMG au pire moment : «Cette décision a davantage de rapport avec la stratégie de concentration de Bertelsmann qu'avec l'état de l'industrie musicale, analyse Mark Mulligan, analyste spécialisée dans cette même industrie chez Jupiter Research (interrogé par Bloomberg). Ils ont vendu leur participation au moment où le marché a pratiquement atteint son point le plus bas. Sony, à l'inverse, croit de manière évidente dans les potentialités à long terme de sa filiale.»
Son départ de Sony BMG et la cession de ses clubs de livre aux Etats-Unis devrait lui permettre de tailler à hauteur de 1 milliard d'euros dans sa dette, qui atteignait la coquette somme de 7,7 milliards d'euros fin 2007.
Grâce aux catalogues européens récupérés, Bertelsmann consolide sa nouvelle poule (supposée) aux œufs d'or : la gestion des droits d'auteur. «Les nouveaux modes de distribution de la musique sont légion et engendrent une augmentation de la demande en matière de gestion des droits d'auteur, confirme Thomas Rabe, chief financial officer du géant germanique. Bâtir une activité pour la gestion et l'exploitation de ces droits en Europe représente, à nos yeux, une idée séduisante.»
Howard Stringer, président et CEO de Sony Corporation, n'a pas caché son plaisir dans la renaissance de Sony Music, qui offrira à l'ensemble du groupe «beaucoup plus de flexibilité». En gros, Sony pourra désormais, en toute liberté, intégrer sa musique dans ses divisions cinéma et télévision mais aussi électronique (jeux vidéo sur PlayStation, le téléphone mobile Walkman de Sony Ericsson), ainsi que dans les publicités pour ses produits.
Les synergies et exploitations futures devront être importantes, car le chiffre d'affaires de Sony BMG ne sont pas au beau fixe : - 4 % dans les douze mois précédents le 31 mars dernier, à 4,1 milliards de dollars. La cause est connue depuis longtemps : la croissance des téléchargements (légaux comme illégaux) de musique a durement entamé la vente de CD.
Et si le revenu net de la filiale a plus que doublé durant la même période, passant de 84 millions à 178 millions de dollars, c'est surtout grâce à des coupes claires dans les dépenses «marketing» et «personnel». Il faut dire qu'en 2007, les ventes globales de musiques ont chuté à leur niveau le plus bas en dix ans : 19,4 milliards de dollars (- 8 %).
Cette opération en apparence si anodine jette une lumière nouvelle sur le marché de la musique. Et notamment sa consolidation. Les majors, ces dernières années, se sont beaucoup lorgnées mutuellement, tentant çà une fusion, là un rachat pur et simple. Problème : tant les autorités de régulation que les petites maisons indépendantes ont bloqué la plupart de ces négociations.
Warner Music et EMI discutent mariage depuis 2000 au moins, jetant l'éponge à l'époque à cause d'un refus des régulateurs. EMI a tenté de racheter BMG à Bertelsmann en 2001 et s'est vu, là aussi, rabrouer par les autorités anti-trust. Le même EMI a repoussé les avance de Warner en 2007 pour se vendre finalement au fonds de private equity Terra Firma Capital Partners en août.
Pali Research a analysé un retour du vieux dossier «Warner Music/EMI», mais sous un angle neuf : et si EMI rachetait Warner Chappell, la division édition de Warner Music ? Le bureau de recherche a même livre un prix : 14 fois ses revenus avant charge d'intérêt, impôts, dépréciations et amortissements, soit 1,95 milliard de dollars.
Intérêt pour EMI : renforcer son activité d'édition, alors même que son atout principal, sur lequel il mise gros, est précisément son catalogue. Le groupe détenu désormais par Guy Hands, patron de Terra Firma, est en pleine (et douloureuse) restructuration. Sa part de marché aux Etats-Unis a perdu un gros point de pourcentage au premier semestre. Et il commence à être déserté par ses stars : Radiohead l'an dernier, les Rolling Stones le mois précédent, tandis que Robbie Williams et Coldplay n'ont pas caché leur mécontentement face aux changements imposés par le nouveau propriétaire.
Intérêt pour Warner Music : se recentrer davantage encore sur son activité d'enregistrement, où il compte investir de plus en plus. Mais aussi réduire sa (lourde) charge de dette, qui atteint 2 milliards de dollars. Certes, Warner Music a augmenté sa part de marché US durant six trimestres d'affilée, mais les analystes doutent qu'il y parvienne encore. Il commence à s'essouffler financièrement. Pour preuve, il a suspendu son dividende cette année.
Deux obstacles majeurs à cette transaction. Primo, peu d'observateurs croient à une approbation accordée par les autorités de régulation. Les majors du disque ne sont déjà plus que quatre. Dans leurs projets de mariage, EMI et Warner Music ont buté avec une belle constance sur une pierre de taille : l'obligation de se débarrasser de certaines activités pour pouvoir convoler.
Secundo, EMI n'aura peut-être pas les moyens d'une telle ambition. La crise du crédit est passée par là, et Citigroup, qui a en partie financé le rachat par Terra Firma, s'est retrouvé avec 10 milliards de dollars de titres de créance à revendre... Ceci dit, si Guy Hands parvient à convaincre malgré tout des investisseurs de (re)mettre la main à la poche, Warner Chappell pourrait bien finir dans son escarcelle.
Vincent Degrez
Réagir
Attention: Il n'est pas possible de réagir de manière anonyme. Votre nom d'utilisateur apparaîtra au-dessus de votre réaction.



