mardi 03 juin 2008 à 17h18
Google souffre d'une fuite des cerveaux : info ou intox ?

Google souffre d'une fuite des cerveaux : info ou intox ?
Google est-il réellement [victime d'une fuite de ses cerveaux] ? En quelques mois, l'information a fait plusieurs fois le tour du Web, mais aussi des journaux «papier», s'offrant notamment un long article dans le magazine Fortune. Sur son site Internet, Wired énumérait ainsi les dernières «huiles» qui avaient quitté la maison.
Et pourtant, la réalité semble moins contrastée, si l'on en croit Chris Thompson sur [Slate.com]. Le journaliste cite David Friedberg, autrefois en charge du projet AdWords, le système de publicité liée aux recherches des internautes qui a fait rentrer tant de milliards de dollars dans les caisses de Google. Lui-même est parti par manque de «choses intéressantes» encore à faire au sein du roi des moteurs de recherche.
L'homme se considère néanmoins comme une sorte de rareté : peu de ses anciens camarades ont suivi le même chemin. En dépit de tout le buzz quant à un brain drain chez Google, ce dernier a apparemment réussi à garder un nombre remarquable d'employés à la fois intelligents et riches à l'excès... «Toutes les entreprises ont un certain taux de renouvellement de leur effectif. Chez Google, il est incroyablement bas, parmi les plus bas du marché. Je connais des gens qui y travaillent depuis plus de six ans, sont pleins aux as, mais restent à leur poste parce qu'ils font des choses vraiment passionnantes.»
Une comparaison achève de convaincre de l'absence d'hémorragie chez Larry Page et Sergey Brin : six senior executives seulement ont quitté Google durant les huit dernières années... contre 17 chez Yahoo! durant les six premiers mois de 2007. Commentaire de Salman Ullah, ex-vice-président de Google en charge du développement corporate, parti pour fonder son fonds Merus Capital : «J'y ai passé trois années de ma vie : ils ont accumulé un vivier extraordinaire de talents. Cela prendra beaucoup, beaucoup d'années avant que Google régresse au niveau d'une simple entreprise.»
Un avis confirmé par ses rivaux mêmes : «Les gens adorent y travailler, c'est un environnement vraiment sympa, apprécie Craig Donato, fondateur d'Oodle, concurrent dans le marché des publicités en ligne. En fait, je suis très surpris et impressionné par le nombre d'employés qu'ils sont parvenus à conserver.»
Selon certaines analyses, Google pâtirait de sa propre générosité, qui pousserait les Googlers à tenter l'aventure ailleurs. Selon Eric Jaquith, chasseur de têtes à Atlanta (qui a déjà bossé pour Google), la plupart des paquets d'options offerts aux cadres portent sur quatre ou cinq ans. Une fois cette limite atteinte, il est naturel, pour leurs détenteurs, de chercher de nouveaux défis. D'autant qu'avec le fruit de ces stock-options, leurs poches ont craqué sous le poids des billets verts. De quoi lancer leur propre start-up... ou leur propre fonds de capital-risque ?
Eric Schmidt, CEO de Google, ne croit pas trop à ces deux options, soulignant la sécheresse actuelle du marché du crédit pour repousser l'idée d'une multiplication des «nouveaux Google». Certes, les investissements en capital-risque ont chuté de 8 % au premier trimestre de l'année. Mais, insiste David Friedberg, c'est une chose de vouloir lancer sa propre start-up ex nihilo, et une autre d'approcher des investisseurs avec «Google» écrit en gros sur son CV. «Tous les capital-risqueurs ont remarqué que les Google companies sont plus performantes que les autres.»
Cela représente effectivement l'un des défis auxquels Google est confronté. Les pluies de stock-options, c'est du passé. En outre, en grandissant, le groupe a lancé le développement de services dont le codage n'est guère épanouissant. Pour lutter contre un éventuel départ de salariés souffrant d'ennui, le duo Page/Brin leur offre un jour par semaine lorsqu'ils travaillent sur ce genre de produit. Et ce, tout en sous-traitant de plus en plus ses travaux d'infrastructure.
Google ne ferait-il donc que traverser la même période de maturation que Microsoft et Yahoo! avant lui ? Il semblerait bien. Conclusion de Chris Thompson sur Slate.com : «Si une vraie fuite des cerveaux doit frapper Google, elle attendra que des entreprises encore meilleures voient le jour.» Traduction : seul le prochain Google pourra terrasser le colosse actuel.
Vincent Degrez
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