31 mars 2008 à 16h59
Le Hainaut, arme secrète de Microsoft pour imposer ses logiciels ?

Le Hainaut, arme secrète de Microsoft pour imposer ses logiciels ?
Microsoft fait beaucoup parler de lui dans la presse belge depuis vendredi dernier. Une étrange valse à trois temps... qui cache un cafouillage politique ? Ou, pire, la volonté d'user de chantage industriel pour imposer ses produits ? La question mérite d'être posée.
Un article du Soir de vendredi met le feu aux poudres. On y apprend qu'Office, la populaire suite bureautique de Microsoft, pourrait ne pas être installé dans les 40.000 nouveaux ordinateurs qui doivent équiper les écoles primaires et secondaires en Communauté française. Selon Le Soir, plusieurs des quatre offres encore en lice pour remporter ce contrat de 30 millions d'euros «seraient financièrement attrayantes parce qu'elles n'intègrent pas les célèbres logiciels du géant américain».
L'enjeu est de taille à l'échelle francophone. Le programme Cyberclasse, dont l'objectif est d'équiper et installer en réseau 40.000 postes de travail, bénéficie d'un budget de 85 millions d'euros. Le marché des ordinateurs proprement dit représente pas moins de 30 millions d'euros. Quatre soumissionnaires sont encore en lice : Priminfo, Computerland, Systemat et Econocom.
Or, «le cahier des charges de la Région (wallonne) n'impose aucune contrainte pour le choix des logiciels utilisés sur les ordinateurs», note une source du Soir. «Cela n'a pas échappé aux soumissionnaires, écrit encore le quotidien. Car, malgré des prix réellement écrasés, le paquet de licences que Microsoft a proposé aux fournisseurs d'ordinateurs dans le cadre de l'appel d'offres s'élève néanmoins à une centaine d'euros».
Les soumissionnaires seraient donc en quelque sorte motivés à préférer des logiciels libres, gratuits, afin de proposer des offres encore plus performantes. D'où un certain émoi «dans le petit monde wallon de l'informatique» mais aussi parmi «les représentants belges de Microsoft», indique L'Echo.
L'enjeu dépasse cependant le programme Cyberclasse. Microsoft fait aussi un pari sur l'avenir en habituant, dès leur plus jeune âge, les utilisateurs à ses produits. Il mise sur le fait que, plus tard, ils choisiront des produits certes payants, mais qu'ils maîtrisent déjà parfaitement.
Un article de La Dernière Heure, samedi matin, fait état de négociations menées par Microsoft et la Région wallonne. En vue : une implantation du géant de Redmond dans le Hainaut, selon le quotidien. «Le dossier est en bonne voie, précisait même Jean-Claude Marcourt, ministre régional de l'Economie, dans les colonnes de la DH. Cela fait deux ans que nous travaillons sérieusement sur le sujet.»
Les nuances quant à ces deux informations sont venues par la suite. Pas de suite bureautique Office sur les 40.000 ordinateurs de la Communauté française ? Non : les soumissionnaires sont simplement libres de l'inclure dans leur offre. La différence est de taille.
Microsoft dans le Hainaut ? Oui, mais rien n'est bouclé. «Des négociations sont certes en cours, mais il n'y a pas encore d'accord, a indiqué Aurélie Couvreur, porte-parole de Microsoft chez nous, à nos confrères de [Data News]. Il est vrai que la région est très dynamique et que nous n'avons pas encore buté sur des pierres d'achoppement jusqu'à présent, mais il n'y a encore rien de concret sur papier.» Les négociations se seraient cependant accélérées après la mission princière à Seattle, siège de Microsoft.
Selon une source proche du dossier, il s'agirait d'un «centre d'innovation et de démonstration». Une appellation assez vague, il faut en convenir.
Une question s'impose : l'annonce de la possible exclusion d'Office des 40.000 futurs ordinateurs de la Communauté française risque-t-elle de faire capoter l'implantation de Microsoft dans le Hainaut ? Inversement, le géant des logiciels pourrait-il se servir d'un potentiel investissement en Wallonie pour faire pression sur la Communauté française quant au choix de ses logiciels préinstallés ?
La question est ouverte. Mais le chantage industriel est une arme tentante, on l'a vu dans d'autres secteurs. Ainsi, alors que les négociations sur le remboursement public des médicaments battaient leur plein, l'industrie pharmaceutique ne s'est pas privée de rappeler son poids en termes d'emplois dans notre pays. Sous-entendu : certains investissements auraient pu être redirigés vers d'autres pays. A l'époque, le ministre fédéral de la Santé était un certain Rudy Demotte. Le même se retrouve aujourd'hui à la tête de la Communauté française...
Vincent Degrez, avec Jean-Yves Huwart
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