16 avril 2009 à 15h00
Pourquoi YouTube perd 1 million de dollars chaque jour

Pourquoi YouTube perd 1 million de dollars chaque jour
YouTube incarne l'essence même du Web 2.0, celui-là même qui semble tuer à petit feu la presse écrite. Les chiffres sont pourtant cruels, souligne Farhad Manjoo sur le site américain [Slate.com] : selon une étude de Credit Suisse, le site de vidéo devrait coûter à son propriétaire, Google, 470 millions de dollars en 2009. Une perte sèche cinq fois plus importante que celle d'un «vieux» quotidien comme le Boston Globe...
En fait, avance encore le journaliste de Slate.com, les problèmes de YouTube et de n'importe quelle journal «papier» sont assez comparable : l'idée est de vendre un maximum de publicités pour couvrir les coûts énormes de stockage et de distribution du contenu. Dans un cas, du papier essentiellement ; dans l'autre, de la bande passante. Or, les revenus publicitaires de YouTube sont loin, très loin d'atteindre le niveau de ses coûts.
Côté revenus, le site de vidéo devrait engranger, selon les estimations, entre 90 millions et 240 millions de dollars cette année. Pourquoi si peu, alors que Credit Suisse chiffre à 375 millions le nombre de «visiteurs uniques» qui devraient se rendre sur YouTube en 2009, pour visionner au total quelque 75 milliards de vidéos ?
Tout simplement parce que les annonceurs ne veulent pas voir leur marque associée à n'importe quel contenu. Or, si un journal se vend mieux lorsqu'il a des sujets forts et accrocheurs, les vidéos les plus regardées sur YouTube ne sont pas forcément d'une haute qualité, entre un entraîneur d'équipe de football qui boxe un arbitre, la dernière bourde de Britney Spears ou les pratiques peu ragoûtantes des employés d'un fast-food américain...
Cela explique pourquoi YouTube n'affiche de publicité que sur moins de 3 % des pages où ce serait possible. A l'inverse, un concurrent comme Hulu.com, bien qu'il génère un trafic nettement moindre, engrange proportionnellement beaucoup plus de revenus publicitaires.
Côté dépenses, YouTube doit «assurer» techniquement pour servir ses millions d'utilisateurs. Cela signifie des coûts titanesques en bande passante, qui avoisinerait l'équivalent de 30 millions de mégabits par seconde. Cela a son prix : environ 360 millions de dollars par an, selon les analystes.
A cela s'ajoute le tarif des vidéos elles-mêmes, du moins celles qui ne sont pas bénévolement fournies par les internautes. Car YouTube a signé des contrats de licence avec de grands noms, comme Sony/BMG, CBS et tout récemment Disney. Quelque 250 millions de dollars seraient consacrés à ces vidéos de qualité supérieure, susceptible d'attirer davantage les annonceurs.
Si vous fournissez des vidéos à YouTube et que vous avez signé pour son programme de partage des revenus, l'argent tiré des publicités liées à votre contenu vous reviendra en partie. Credit Suisse estime que YouTube versera à ce titre 24 millions de dollars cette année.
Quant aux frais de stockage, ils ne sont pas moins conséquents. Google assène en effet que, chaque minute, l'équivalent de 15 heures de vidéo sont téléchargés sur YouTube, soit 86.000 longs métrages. Un stockage démentiel qui coûterait 13 millions de dollars au roi des moteurs de recherche.
Mélangez le tout avec les autres dépenses liées à YouTube, retirez-en les revenus et vous obtenez une facture annuelle totale de 470 millions de dollars pour Google. Or, même un géant comme celui-ci ne peut éternellement entretenir une «danseuse» qui flambe un demi-milliard chaque année.
D'autant que la situation ne devrait guère s'améliorer. On imagine mal comment, en période de crise économique, les revenus publicitaires de YouTube pourraient (enfin) décoller. «Malgré la croissance de sa base d'utilisateurs, tout laisse penser que Google n'a pas été capable de monétiser substantiellement l'utilisation de YouTube, écrit Spencer Wang, analyste chez Credit Suisse et auteur de l'étude susmentionnée. A la lumière de la récente récession publicitaire, les budgets plus expérimentaux sont supprimés.»
On peut également y voir un problème de format, car tous les tests indiquent que les internautes sont allergiques aux messages publicitaires passant avant les vidéos. Bref, avec des revenus pub qui baissent et des coûts qui ne font qu'augmenter, on imagine mal comment YouTube pourrait continuer encore longtemps sur un mode «gratuit». Il existe donc une vraie probabilité que l'on assiste, cette année, à la mort de YouTube tel que nous le connaissions, qu'il s'agisse d'en rendre l'accès payant ou d'en limiter les possibilités techniques.
Vincent Degrez
Réagir
Attention: Il n'est pas possible de réagir de manière anonyme. Votre nom d'utilisateur apparaîtra au-dessus de votre réaction.



