05 novembre 2008 à 15h37
Crise : la Wallonie se prépare à des fins de mois difficiles

Crise : la Wallonie se prépare à des fins de mois difficiles
Les six prochains mois seront difficiles pour une Wallonie touchée par la récession, révèle une [enquête] réalisée par l'Union wallonne des entreprises auprès de 350 entrepreneurs entre le 24 septembre et le 8 octobre.
Le chômage pourrait ainsi passer de 10 % à 12 % dans les prochains 18 mois. Et ce, malgré un mois d'octobre plutôt positif, durant lequel le taux de sans-emploi a poursuivi sa lente décrue en Wallonie, atteignant 14,1 % de la population active (soit 215.660 chômeurs), a annoncé mercredi le Forem dans un communiqué. Un an plus tôt, la Wallonie comptait 15,2 % de chômeurs.
L'activité économique en Wallonie, à l'image de l'Europe, connaîtra donc un ralentissement dans les six prochains mois. Les exportations, les investissements et l'emploi pointeront en baisse. Ainsi, 30 % des entreprises wallonnes interrogées se disent prêtes à ralentir leurs investissements dans les prochains mois, tandis que 21 % se disent «défavorables» à embaucher du personnel, alors que le chiffre était de 10 % en mars dernier.
La récession devrait également engendrer une baisse des recettes fiscales, suite à la réduction des marges d'accroissement du bénéfice et aux fortes pressions sur les dépenses. La diminution de l'activité économique devrait ramener la croissance wallonne à 1,6 %, contre 2,5 % en 2007, et conduire à une réduction de 0,4 % du PIB réel en 2009 (0,6 % pour la Belgique).
La durée de la récession n'est pas connue mais, pour Eric Domb, président de l'UWE, l'élément principal pour sortir de la crise sera de «restaurer la confiance», tant dans le chef des ménages (qui freinent leur consommation) que des entreprises (qui ralentissent leurs investissements).
Le patron des patrons wallons estime que, même si la Wallonie n'est pas seule responsable de son destin, tous les acteurs doivent participer à la reprise économique. Outre les ménages et les entrepreneurs, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics doivent eux aussi apporter leur pierre à l'édifice. En plus de leur soutien aux entreprises, notamment en facilitant le crédit et en favorisant le capital-risque, les pouvoirs publics doivent poursuivre le plan Marshall, en ce qui concerne - entre autres - le marché de l'emploi et la formation, la politique industrielle et l'innovation technologique.
Pour résumer, les propositions de l'UWE tiennent en trois points principaux :
- Conforter les politiques initiées sur le marché du travail : accompagnement plus efficace des demandeurs d'emploi, ciblage et amélioration des formations, supports à la mobilité, etc.
- Maintenir le cap en matière de politique industrielle - pôles de compétitivité, clustering - afin de développer des nouvelles activités moins sensibles aux cycles, et de renforcer la capacité de résistance et de rebond des entreprises wallonnes.
- Continuer à investir dans la recherche et développement et l'innovation.
Aux syndicats, Eric Domb demande enfin de faire preuve de «responsabilité». «Il faut arrêter le discours qui consiste à dire que l'indexation est insuffisante, a pour sa part souligné Vincent Reuter, administrateur délégué de l'UWE. Ce sera l'emploi ou les hausses de salaire, mais pas les deux.»
Conclusion de l'UWE : «Dans le contexte économique actuel, la poursuite de ces politiques demandera un indéniable courage d'arbitrage budgétaire au gouvernement wallon.» La Région wallonne pourra-t-elle se permettre un dérapage de ses propres finances ?
Oui, estime Mathias Dewatripont, professeur à la Solvay Brussels School of Economics & Management de l'ULB, interrogé par le journal L'Echo : «Il ne faut pas être trop orthodoxe au niveau du respect de l'équilibre budgétaire. Un déficit, ce n'est pas la fin du monde. En revanche, il faut évidemment dégager des surplus dans les bonnes années. Cela doit aller dans les deux sens.»
Quant à l'aspect «vert» des futurs investissements, le professeur bruxellois approuve totalement : «C'est une bonne idée de soutenir les investissements et pas seulement la consommation des ménages. Les orienter vers des secteurs comme les économies d'énergie, l'environnement, le climat mais aussi la recherche et développement me paraît positif, car c'est créateur d'emplois.»
Une meilleure coordination des politiques d'emploi est tout aussi importante à ses yeux : «On parle aujourd'hui, en raison de la crise, de pertes d'emploi. Mais il ne faut pas oublier les quelque 60.000 postes vacants. Parmi ceux-ci, il y en a sans doute qui correspondent à des profils introuvables en Belgique. Mais d'autres pourraient être pourvus s'il y avait une meilleure mobilité sur le marché du travail, de part et d'autre de la frontière linguistique.»
Trends.be
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