vendredi 23 octobre 2009 à 11h21
GDF Suez vs l'Etat belge : qui mène vraiment la danse du nucléaire ?

GDF Suez vs l'Etat belge : qui mène vraiment la danse du nucléaire ?
Le comité ministériel restreint parvient à un [accord sur le dossier nucléaire.] Ses deux mesures phare : la première phase de sortie du nucléaire est reportée de 10 ans, tandis que la contribution des producteurs au budget de l'Etat s'établira entre 215 millions et 245 millions d'euros par an jusqu'en 2014. GDF Suez/Electrabel consent par ailleurs plusieurs concessions, notamment financières.
GDF Suez voulait voir prolonger la durée de vie des centrales belges mais refusait d'entendre parler de «rente nucléaire». Au point de [menacer de quitter la Belgique,] si l'on en croit un e-mail envoyé par notre ambassadeur au ministre belge des Affaires étrangères. Autre élément évoquant une certaine «morgue» du géant énergétique : le communiqué de presse en réaction à l'accord du kern est quasiment copié-collé par rapport à un précédent communiqué...
Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, [refuse de payer les 500 millions d'euros budgétés] (voici déjà bien longtemps) pour 2009. Cela fait-il partie de l'accord avec le gouvernement ? Essaie-t-il de tirer sur la corde, ou veut-il déstabiliser les pouvoirs publics belges, alors qu'il reste sans doute des points de détails à régler sur cet accord ?
Didier Reynders, ministre des Finances, adopte un [ton martial pour évoquer les négociations de l'Etat belge avec GDF Suez] pour la fameuse «rente nucléaire» : «Soit il y aura un accord, ce qui serait plus simple, soit il y aura une loi qui prévoira ce mécanisme.» Le groupe français a reçu un ultimatum fixé au jeudi suivant. Et Reynders de conclure en manière de leçon de politesse : «Lorsqu'on négocie avec un Etat, il faut le respecter !»
[Etienne Davignon, administrateur de GDF Suez, ne conteste pas] les 500 millions d'euros que l'Etat belge peut réclamer au géant énergétique... encore faudrait-il qu'il les réclame officiellement. Or, selon le capitaine d'industrie, «Electrabel n'a pas encore reçu le signal qu'il doit payer !»
[Le Premier ministre n'a clairement pas apprécié la «sortie» de Davignon.] Herman Van Rompuy a donc affiché sa volonté d'obtenir un accord détaillé et signé de la main de Gérard Mestrallet, concernant la contribution du groupe français au budget de la Belgique, pour jeudi au plus tard. Il entend en effet inclure cet accord dans une nouvelle «Pax Electrica» sur laquelle on ne pourrait plus revenir. Et n'a pas l'intention de se présenter devant la Chambre des représentants les mains vides et subir un nouveau tir groupé de l'opposition à propos d'Electrabel.
C'est officiel, Van Rompuy l'a annoncé à la Chambre : l'accord entre l'Etat belge et GDF Suez sur la prolongation du nucléaire - et la fameuse «rente» qui y est liée - a bel et bien été signé. Ces engagements ont été mis par écrit et signés par lui-même et le ministre de l'Energie pour l'Etat belge, et par Gérard Mestrallet et Jean-Pierre Hansen pour GDF Suez. Problème : le gouvernement et GDF Suez [«continuent d'examiner les points litigieux en suspens pour les contributions 2008 et 2009».]
Jean-Pierre Hansen, administrateur délégué d'Electrabel, membre du comité exécutif de GDF Suez (dont il préside le comité de politique énergétique) et cosignataire du protocole d'accord intervenu avec l'Etat belge, estime que ce sera à la justice de trancher quant au paiement des 500 millions d'euros pour 2009.
Il n'exclut cependant pas qu'un accord à l'amiable puisse être trouvé : «On a un litige avec son voisin pour l'emplacement d'une haie, mais on s'était mis d'accord sur la manière de la tailler pendant les 20 années à venir, a-t-il [déclaré vendredi matin sur les ondes de La Première (RTBF).] En ce qui concerne l'emplacement, on verra bien et le juge de paix devra trancher !» Jean-Pierre Hansen laisse cependant entendre que le fait de «se causer» était important et pouvait déboucher sur un accord à l'amiable... «Trop aimable», pourraient se dire les négociateurs fédéraux !
Guy Vanhengel, ministre fédéral du Budget, réagit avec vigueur dans une courte interview à nos confrères du Vif/L'Express : «L'effort demandé au secteur énergétique, plus encore qu'au secteur bancaire, témoigne d'un volontarisme politique. Mais [le culot et la prétention de certains m'agacent fortement.»] Et le libéral de viser directement le patron de GDF Suez : «Ce n'est pas encore Gérard Mestrallet qui écrit les lois en Belgique !»
La guerre des «petites phrases» n'est sans doute pas finie.
Trends.be
Réagir
Attention: Il n'est pas possible de réagir de manière anonyme. Votre nom d'utilisateur apparaîtra au-dessus de votre réaction.
Pour pouvoir placer une réaction, vous devez être enregistré :

Even geduld a.u.b.