mercredi 25 mars 2009 à 09h20
La Chine prête à détrôner le roi dollar

La Chine prête à détrôner le roi dollar
La réforme du système financier et bancaire mondial sera pourtant le plat principal du menu des discussions du G20 qui réunira les dirigeants des pays industrialisés, des économies émergentes et des institutions internationales - FMI, ONU, Banque mondiale, etc. - le 2 avril prochain à Londres. A une semaine de l'ouverture du sommet, la Chine appelle déjà à l'adoption d'une nouvelle monnaie de réserve internationale pour remplacer le dollar, dans un système placé sous les auspices du Fonds monétaire international.
«L'éclatement de la crise et son débordement dans le monde entier reflètent les vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques dans le système monétaire international», écrit Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale de Chine, dans une tribune publiée lundi sur le site de l'institution. Le gouverneur, s'il ne mentionne pas spécifiquement le dollar, souligne que la crise actuelle a montré les dangers qu'il y avait à dépendre de la devise d'un seul pays pour les échanges internationaux. Une allusion claire au billet vert.
Cette proposition sonne principalement comme un avertissement envoyé aux Etats-Unis après que la Réserve fédérale américaine eut annoncé le lancement d'un programme d'achat pour 300 milliards de dollars d'obligations du Trésor. Pour y parvenir, la Fed va faire tourner la planche à billets, donc à terme relancer l'inflation et faire baisser la valeur du dollar. La Chine, dont 70 % des réserves de change sont libellés en dollars - soit environ 1.400 milliards - s'inquiète donc du risque de dilution de la valeur de ses avoirs, explique Françoise Lemoine, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).
L'idée chinoise soulève une question intéressante, souligne Christophe Blot, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : la «nécessité d'une plus grande coordination au niveau mondial des politiques monétaires, voire de recréer un système monétaire international, afin d'atténuer les effets déstabilisateurs des mouvements désordonnés des taux de change».
Depuis la fin du système de taux de change fixes de Bretton Woods en 1971, suite à la suspension de la convertibilité du dollar en or, il n'y a plus de règle internationale en matière monétaire. Les taux de change sont soit fluctuants, soit ancrés à une monnaie, notamment au dollar pour un grand nombre de pays dont la politique monétaire dépend de facto de celle des Etats-Unis.
«L'avantage d'une monnaie de réserve mondiale serait, à l'image de la zone euro, d'apporter une plus grande stabilité des taux de change, de limiter les risques de dépréciation de certaines monnaies nationales et de réguler la dette publique de certains Etats», énumère Christophe Blot.
Dans sa tribune, le gouverneur de la banque centrale chinoise souligne que la nouvelle monnaie de réserve mondiale devra non seulement servir de devise de réserve, mais aussi servir au commerce international, aux investissements, à la fixation du prix des marchandises et à la comptabilité des entreprises. Selon lui, cette monnaie pourrait être les DTS (droits de tirage spéciaux).
Créés en 1969 par le FMI comme avoir de réserve mondial, pour compléter les réserves de ses pays membres alors que l'offre d'or et de dollars ne suffisait plus, les DTS ont vu leur rôle s'amoindrir avec l'effondrement du système de Bretton Woods et l'expansion des marchés internationaux de capitaux. Aujourd'hui, ils servent surtout comme unité de compte au FMI et certains organismes internationaux.
Le DTS n'est pas une monnaie soutenue par une banque centrale mais une créance virtuelle sur les monnaies librement utilisables des pays membres du FMI. C'est sa principale faiblesse, ainsi que son faible volume d'allocation, donc de présence dans les réserves de change des pays.
Faut-il - et peut-on - envisager aujourd'hui la création d'une monnaie supranationale, émise par une banque centrale mondiale, dont la valeur serait liée à un panier de monnaies, à l'instar du «bancor» proposé par Keynes en 1944 ? La Chine n'est en effet pas la seule à appeler le monde à remplacer le billet vert par une autre monnaie de réserve internationale. La semaine dernière, la Russie a adressé une demande similaire aux participants du prochain G20.
La commission d'experts de l'ONU sur la réforme du système financier, présidée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, pourrait également proposer la création d'une monnaie de réserve internationale qui ressemblerait à l'ECU, révèle Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur, sur son blog : «A l'image de l'ancienne monnaie européenne, il s'agirait d'un panier regroupant les principales devises nationales.»
Cette proposition a toutefois peu de chances d'être adoptée, en tout cas lors du sommet du G20 du 2 avril. D'abord parce qu'elle soulève de nombreuses questions : sur le panier d'ancrage de cette devise internationale, sur son organisme de régulation, sur la quantité à émettre. Ensuite parce que le dollar reste, comme l'or, une valeur refuge et que la plupart des pays comptent sur les Etats-Unis pour relancer le commerce mondial. Enfin parce que, à l'image de la Chine, un grand nombre de pays ont des réserves de change majoritairement libellés en dollars. Abandonner le dollar comme monnaie de réserve ferait plonger le billet vert, donc diluerait les avoirs de ces pays.
Emilie Lévêque, [L'Expansion.com]
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