17 novembre 2008 à 09h44
La montagne du G20 accouche d'une souris de réformes

La montagne du G20 accouche d'une souris de réformes
Face à des «conditions économiques dégradées au niveau mondial, nous sommes tombés d'accord sur la nécessité d'une réponse politique plus large fondée sur une coopération macroéconomique plus étroite pour restaurer la croissance», indiquait samedi soir le communiqué du G20, qui rassemble les grands pays industrialisés et émergents.
Ces Etats se sont ainsi accordés sur «la nécessité d'une relance coordonnée, concertée de l'action économique», affirme Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne. Le G20 s'est en outre entendu sur un plan d'action, une liste de mesures «à haute priorité qui doivent être achevées avant le 31 mars 2009» afin de rétablir la confiance dans le système financier.
La presse internationale a discerné dimanche, dans le G20 de Washington, un «premier pas» vers une réforme du système financier mondial. «Les dirigeants des 20 plus grandes économies du monde n'allaient pas, en une seule après-midi, résoudre une crise produite par une génération», note le journal britannique The Observer dans son éditorial.
En Espagne, El País évoque «un premier pas nécessaire, bien qu'encore modeste, pour réformer l'architecture financière mondiale». Tout en regrettant que le communiqué final «ne propose que des principes génériques de réforme du système financier et des lignes très générales d'action économique».
Les commentateurs italiens étaient plus acerbes. Dans un éditorial titré «Le sommet des mensonges», La Repubblica s'interroge sur la sincérité de la «relance coordonnée» prônée dans le communiqué final du sommet. Comme son concurrent La Stampa, le quotidien met l'accent sur l'émergence d'un «nouvel ordre mondial, où les rapports de force se modifient plus rapidement qu'avant la crise». Pour La Stampa, qui titre «Ciao la vieille Europe», le Vieux Continent, surreprésenté au sein du G8, «risque de peser bien peu dans le nouveau G20».
Nicolas Sarkozy a évoqué un «sommet historique» au cours duquel des «pays très différents» sont tombés d'accord pour «une nouvelle régulation des marchés afin qu'une telle crise ne puisse plus se reproduire». Il a également souligné que le G20 était d'accord sur l'établissement «d'une nouvelle gouvernance économique mondiale».
«En consultation avec d'autres économies et organisations et utilisant les recommandations d'experts, nous demandons à nos ministres des Finances de formuler des propositions dans cinq domaines», a souligné le G20. Il s'agira d'abord d'«atténuer le caractère procyclique (Ndlr, accentuant une expansion ou une contraction économiques) dans les politiques de régulation».
Les ministres devront aussi faire des propositions sur «l'harmonisation des normes comptables», «le renforcement des marchés de produits dérivés et la réduction de leurs risques systémiques», «la révision des pratiques en matière de rémunération en ce qui concerne l'incitation à la prise de risque». Enfin, ils devront étudier une «révision du mandat, de la gouvernance et des besoins en ressources des institutions financières internationales».
Les dirigeants du G20 ont enfin décidé d'accroître la représentation des pays en développement au sein du FMI et de la Banque mondiale.
Les chefs d'Etat et de gouvernement du G20 ont convenu de se retrouver avant le 30 avril 2009 «afin de vérifier la mise en œuvre des principes et décisions» sur lesquels ils se sont mis d'accord samedi, selon le communiqué. Le deuxième sommet devrait se tenir en Grande-Bretagne, ce pays prenant l'an prochain la présidence du G20. Le président français a donc proposé qu'il se déroule à Londres.
Soucieux, comme l'a conseillé le président américain George W. Bush, de ne pas se laisser tenter par le protectionnisme, le G20 a demandé samedi dans son communiqué un accord avant la fin de l'année pour relancer les négociations de l'OMC de libéralisation des échanges mondiaux.
Voici, en cinq points majeurs, le plan de bataille adopté par le G20 samedi, et ses cinq objectifs à court et moyen termes.
Avant le 31 mars, réformer les normes comptables pour ce qui concerne l'estimation de la valeur des titres financiers complexes lorsque ceux-ci ne peuvent être vendus sur le marché. Améliorer la transparence sur les actifs hors bilan et les instruments financiers complexes. Renforcer la gouvernance de l'organisme international producteur de normes comptables. A moyen terme, créer une norme comptable unique et mondiale de haute qualité, faire en sorte qu'elle soit appliquée, et veiller à ce que les sociétés financières soient plus transparentes sur les risques.
Régimes de régulation : avant le 31 mars, le Fonds monétaire international, le Forum de stabilité financière «élargi» et les autres régulateurs doivent formuler des recommandations pour atténuer la tendance des marchés financiers à exagérer les mouvements de hausse ou de baisse. A moyen terme, chaque pays ou région doit effectuer une révision de son système financier et sa régulation («programme d'évaluation du secteur financier»), examiner les différences, améliorer la régulation de la faillite et harmoniser la définition des fonds propres.
Contrôle prudentiel : avant le 31 mars, les régulateurs devront s'assurer que les agences de notation répondent aux normes les plus exigeantes ou les adoptent, à ce que les institutions financières disposent d'un capital adéquat, et réduire les risques systémiques liés à certains marchés de produits dérivés. Les régulateurs doivent pousser les investisseurs à utiliser des plateformes électroniques pour les produits dérivés négociés de gré à gré.
Gestion du risque : avant le 31 mars, les régulateurs doivent formuler des recommandations plus exigeantes aux banques sur ce sujet, veiller à ce qu'elles soient suivies ; le comité de Bâle doit étudier de nouveaux modèles de simulation de crise pour les entreprises ; les sociétés financières ne doivent pas encourager le risque par leur rémunération. A moyen terme, les régulateurs doivent s'adapter rapidement aux innovations financières, et suivre les changements significatifs du prix des actifs et les conséquences qui en découlent sur l'économie.
Avant le 31 mars, améliorer la coopération entre les différentes juridictions et le partage d'informations, et examiner si les règles protégeant les marchés et les investisseurs sont efficaces. A moyen terme, mettre en œuvre des mesures pour protéger le système financier mondial des activités dans les paradis fiscaux.
Avant le 31 mars, créer des collèges de surveillance pour toutes les grandes sociétés financières transnationales. «Les grandes banques mondiales devront se réunir annuellement avec leur collège de surveillance afin de discuter de manière approfondie des activités et de l'évaluation des risques que courent ces entreprises.» A moyen terme, faire converger les pratiques de régulation, s'assurer que les mesures temporaires face à la crise ne nuisent pas à la concurrence et sont débouclées de manière ordonnée.
Avant le 31 mars, élargir le Forum de stabilité financière, renforcer sa coopération avec le Fonds monétaire international, passer en revue les ressources et instruments du FMI et de la Banque mondiale, étudier les moyens de rétablir le crédit pour les pays émergents et en développement. A moyen terme, mieux refléter l'évolution des poids des économies dans le FMI et la Banque mondiale. Le FMI doit avoir un rôle accru d'évaluation du secteur financier et de conseil en matière de politique macro-financière, et fournir aux pays émergents et en développement une aide pour la mise en œuvre des nouvelles normes internationales.
Trends.be, avec Belga
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