01 août 2008 à 17h48
Quand Wal-Mart fourbit ses armes contre Barack Obama...

Quand Wal-Mart fourbit ses armes contre Barack Obama...
Wal-Mart, leader mondial de la grande distribution, semble craindre par-dessus tout la victoire du démocrate Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. Histoire de jouer toutes les cartes en sa possession, il a mis en garde ses cadres sur les conséquences d'un tel choix, notamment un renforcement du pouvoir des syndicats, selon le Wall Street Journal. Le quotidien US a recueilli le témoignage d'une douzaine d'employés, qui tous l'affirment : la direction de Wal-Mart a organisé plusieurs réunions internes pour évoquer le sujet.
Le discours aurait principalement porté sur la possible adoption, en cas d'élection de Barack Obama en novembre, d'un projet de loi baptisé Employee Free Choice Act (EFCA), qui faciliterait l'implantation syndicale en entreprise. Le sénateur de l'Illinois a soutenu le projet et indiqué qu'il signerait la loi si elle lui était présentée en cas d'élection à la Maison-Blanche. Le républicain John McCain s'est, en revanche, déclaré opposé à ce texte.
Ce faisant, Wal-Mart flirte avec l'illégalité. En effet, s'il a le droit, selon la loi fédérale, de jouer les avocats pour certains candidats auprès de ses cadres, actionnaires et managers salariés, cela lui est interdit envers ses employés payés à l'heure, parmi lesquels ses department supervisors.
Le groupe a certes pris quelques précautions : «L'animateur de la réunion nous a dit : je ne vous explique pas pour qui voter, mais si les démocrates gagnent, cette loi va passer et vous n'aurez pas votre mot à dire sur la question syndicale, rapporte une cadre d'un magasin du Missouri. Je ne suis pas stupide, ils me disaient pour qui je devais voter.» Un porte-parole de Wal-Mart, interrogé par le quotidien, a indiqué que, si des représentants du distributeur «ont dit à des employés comment voter, ils ont eu tort et l'ont fait sans autorisation».
Anecdotique ? Au contraire, cette information est révélatrice du climat de plus en plus lourd qui règne entre entreprises et syndicats. Les grandes compagnies - Wal-Mart est le plus gros employeur privé des Etats-Unis - craignent le grand retour des syndicats, dont les affiliations déclinent depuis des années. Avec, à la clé, des salaires et des soins de santé plus coûteux. Inacceptable pour des entreprises déjà durement frappées par la flambée du pétrole et des matières premières, et un environnement économique déprimé.
L'Employee Free Choice Act, en résumé, permettrait aux syndicats d'obtenir une présence dès lors qu'une majorité d'employés signent une carte exprimant leur souhait d'adhérer. Dans le système actuel, l'employeur peut exiger le secret du vote. Ce qui, à ses yeux, garantit que les syndicats ne feront pas pression sur le travailleur pour qu'il vote en leur faveur. A l'inverse, les organisations de travailleurs arguent que le principe du card check instauré par l'EFCA protège l'employé contre les pressions de son patron...
Au-delà de la simple élection locale, c'est tout l'avenir des syndicats qui se jouent avec ce projet de loi. Car ils ne représentent plus que 7,5 % des travailleurs du privé, contre 15 % voici 25 ans. Si la loi passe, le Service Employees International Union pense pouvoir «recruter» un million de membres par an, contre 100.000 à peine actuellement.
Le même SEIU s'est donné les moyens de mener un intense lobbying en ce sens. Le puissant syndicat prévoit de dépenser 150 millions de dollars dans le cadre de l'élection cette année. La plus grande part de ce trésor de guerre serait destinée à faire élire Barack Obama et d'autres démocrates.
Pour recueillir ces millions, le SEIU a adopté un nouvel amendement obligeant les unités locales à lui verser l'équivalent de 6 dollars par membre, en plus de leurs cotisations habituelles. En cas de contribution insuffisante, il se donne le droit de les mettre à l'amende : le montant prévu majoré de... 50 % !
Le syndicat risque, en agissant ainsi, de ranimer la vieille colère de nombreux travailleurs envers un système où ils n'ont rien à dire, même auprès de leurs défenseurs. Mais aussi de s'attirer les foudres des autorités fédérales. Car une loi impose à ces organisations de se contenter des contributions «volontaires» de leurs membres, excluant donc tout montant perçu sous la «menace» de «représailles financières».
Le monde du business ne reste pas les bras ballants. Wal-Mart n'est en effet pas seul dans son combat de toute une vie contre les syndicats. Cintas Corp., par exemple, a réanimé un site Internet baptisé CintasVotes. Il y incite les internautes à faire monter la pression sur les membres du Congrès pour qu'ils s'opposent eux aussi à la loi en préparation.
Nombre d'organisations soutenues par le monde entrepreneurial sont entrées dans l'arène, ainsi que l'indique le Wall Street Journal : la Coalition for a Democratic Workplace (qui compte plusieurs centaines d'associations industrielles parmi ses membres), l'Employee Freedom Action Committee (fondé par l'ex-lobbyiste de l'industrie cigarettière Rick Berman), par exemple. Elles s'offrent des campagnes publicitaires à la télévision afin de se gagner l'opinion publique.
L'US Chamber of Commerce s'est fixé comme priorité absolue de tuer l'EFCA. Durant les six derniers mois, elle a envoyé nombre de représentants à Washington pour mener un intense lobbying auprès des membres du Congrès. Elle vient également de lancer une campagne de pub télévisée dans le Minnesota, et prévoit de faire de même dans d'autres Etats. Surtout ceux où la victoire d'un candidat démocrate au Sénat pourrait faire pencher la balance en leur défaveur.
La Chambre de commerce américaine avance également ses propres chiffres. Si l'on en croit ses calculs, les syndicats auraient promis de dépenser jusqu'à 300 millions de dollars dans le cadre de l'élection et du travail sur l'EFCA. A comparer aux moins de 100 millions de dollars affichés côté entreprises. «C'est une lutte de David contre Goliath, mais nous sommes confiants», résume Steven Law, chief legal officer de l'US Chamber of Commerce.
Vincent Degrez
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