mercredi 04 juin 2008 à 13h04
Surprise ! Ben Bernanke renforce le dollar par ses simples paroles

Surprise ! Ben Bernanke renforce le dollar par ses simples paroles
Ben Bernanke, président de la Federal Reserve (la banque centrale US), a brisé une loi tacite, hier mardi, en s'exprimant sur le dollar. Or, la question des changes est généralement du ressort du Trésor américain. «Les défis que notre économie a affrontés au cours de l'année écoulée ont pesé sur le taux de change du dollar, contribuant ainsi à une hausse malvenue des prix à l'importation et de l'inflation des prix à la consommation», a-t-il indiqué.
Plus étonnant encore : «Nous sommes attentifs aux implications des changements de la valeur du dollar pour l'inflation et pour les attentes d'inflation, et nous continuerons à formuler notre politique pour contrer les risques, y compris le risque d'une érosion des attentes d'inflation à long terme.» Une analyse en forme d'avertissement à peine voilé : «C'est la première fois qu'il parle vraiment sur la faiblesse du dollar», a souligné Peter Cadillo, analyste chez Avalon Partners, cité par l'AFP.
Le dollar a repris immédiatement des couleurs, l'euro ne valant «plus que» 1,54 dollar vers 14 h hier mardi, contre 1,56 dollar une heure plus tôt. Mercredi matin, l'euro était remonté vers 1,5455 dollar.
Ben Bernanke est-il la seule explication de ce redressement du dollar ? Certains observateurs avaient déjà prévu cette hausse, notamment Marc Faber, qui en parlait la semaine dernière sur son site Internet Gloomboomdoom.com : «Je pense que le dollar américain et les valeurs américaines surperformeront le reste du monde. Pour le moment, je recommande une position à long terme sur le dollar US contre l'euro. Les obligations devraient continuer à baisser (taux d'intérêt plus élevés), ce qui devrait soutenir le dollar.»
Le dollar américain a également enregistré son zénith en trois mois contre le yen, tandis que le dollar australien se redressait lui aussi, après que les chiffres dévoilés par le gouvernement montrent une croissance deux fois plus forte que prévu par les économistes.
Il ne faudrait pas, pour autant, sous-estimer le rôle du patron de la Fed dans ces évolutions. «Le dollar a sans doute du potentiel pour croître encore, estime Masanobu Ishikawa, general manager of foreign exchange chez Tokyo Forex & Ueda Harlow, le plus important broker en devises étrangères du Japon, cité par Bloomberg. Ben Bernanke a reconnu qu'il en avait fini avec les baisses de taux d'intérêt, et que l'une des raisons expliquant cette décision était sa volonté de ne pas voir le dollar descendre plus bas encore.»
«Il est excessivement inhabituel, pour une huile de la Federal Reserve, de s'exprimer sur le dollar, prolonge John Authers dans le Financial Times. C'est un signal que Ben Bernanke n'est que l'avant-garde d'une tentative coordonnée pour doper le dollar.» Un projet qui impliquerait, donc, à la fois la Réserve fédérale et le Trésor américain. Ceci dit, il est encore trop tôt pour s'emballer : «Il nous faudra beaucoup de preuves supplémentaires avant d'admettre l'idée que les gouvernements interviendront réellement pour soutenir le dollar.»
Une tempérance de l'optimisme ambiant que partage Peter J. Cooper sur son blog Arabianmoney.net : «La foule de Wall Street veut nous faire croire que la chute du dollar est finie et que la stabilisation des taux d'intérêt à 2 % va engendrer un rallye après huit mois de baisse des taux. Penser que cette vision est correcte serait génial. Mais l'euro vaudra 2 dollars d'ici deux ans.» Si rallye il y a, il sera de courte durée, conclut l'analyste.
Vincent Degrez
Réagir
Attention: Il n'est pas possible de réagir de manière anonyme. Votre nom d'utilisateur apparaîtra au-dessus de votre réaction.
Pour pouvoir placer une réaction, vous devez être enregistré :

Even geduld a.u.b.